Valeur travail

Iels sont marrants les gens des agences

Exubérant·es et fier·es

Iels se croient si important·es les gens des agences

Épuisant·es et amer·es

(c'est pas leur faute si c'est pas pour toi)


Si peu de pouvoir

Déjeuner à 50 euros

Et tellement de gueule

(c'est pas leur faute si ça te parle pas)


Des mails et des appels

Ne surtout pas oublier les relances

Mais non c'est pas du harcèlement

C'est comme ça dans les agences


Ils sont marrants les présidents

Ils sont si importants

Je dis bonjour monsieur merci monsieur oui monsieur

Créé l'engouement avec du rien

(La bourgeoisie culturelle parisienne avale ou recrache les transfuges de classe)


Sauf que c'est pas du rien

Mais du beaucoup tous les lundis

Ça fait du rien sur la longueur

(Iels t'ont accueilli·e formé·e aidé·e écouté·e)


Je dis bonjour je dis merci

Je pars en retard mais pas trop

Et j'ai pas de jours de repos

C'est pour les salariés ça

Pas de jours de repos

J'appelle et j'email et je relance

Je supplie de toute ma politesse

Les inconnu·es au bout du fil

(Iels t'ont gâté·e)


Je dis bonjour je dis merci

J'arrive toujours en avance

Et je rentre chez moi aussi vide que leur boîte mail est pleine

(C'est pas leur faute si t'es ingrat·e

C'est pas leur faute si c'est pas pour toi)

Ma colère et la bave

Peut-être les boutons qui traversent mon ventre

qui mangent mes nerfs

ne sont que la conséquence physique de toute la colère

bouillante et brûlante dans mes viscères


elle embaume le quotidien

se mélange aux odeurs

et au reste de café dans ma bouche

elle prend tout

ne me laisse rien

qu'une pulsation

et des courbatures dans le bras


ma colère

envahit

tout


ma colère

déborde

masque

l'abattement la solitude l'air irrespirable de Paris


ma colère

me rend

fonctionnel·le


ma colère

fait tenir

les appels les mails les changements de station les retards de métro les peau contre peau dos contre dos les monstres l'appart


ma gueule

dégouline de bave

et bientôt mes crocs dégoulineront de sang

ma langue croulera sous les tendons les muscles déchirés

plein la mâchoire

et je n'en goûterai

rien d'autre que la colère

et l'aiguille

qu'on utilisera

pour me mettre à terre

Au travail
L'été, quand les non fumeurs sont en vacances, les cigarettes côtoient les ordinateurs, les magazines, les imprimantes. Deux grandes pièces ouvertes témoignent de chants quotidiens : les sonneries de téléphone, le cliquetis des claviers, les bips de notifications, les discussions à n'en plus finir, le ronron quotidien de la cafetière, les rires pendant les repas, les bières le soir, aussi, parfois, rarement.