Le monstre, le thon et la mayo

Souvent on dit c'est le bruit

ou la foule

ou l'étouffement dans les rames

ou les dos comprimés par d'autres dos

ou l'odeur d'Axe de sueur d'alcool de…

ou les contrôleur·euses qui se prennent pour des cowboys


il vit et il pulse et tout est rancide et âcre

et triste

dans le monstre

sous terre


le monstre sous terre berce

sans réconfort aucun

il berce le quotidien

le tu te lèves tu pars au boulot tu travailles tu rentres du boulot

parfois tu t'arrêtes t'achètes une bière du thon de la mayo

et puis tu dors

pendant que les drosophiles mangent dans ton bol

le thon et la mayo


le monstre sous terre

n'est pas si monstrueux

c'est surtout un rappel

de la solitude

c'est ça qui est dur

douloureux pénible odieux

c'est la solitude

c'est ne pas pouvoir se dire

que le monstre sous terre t'amène à tes proches

t'amène à tes ami·es tes amours tes…

(comment peux-tu mentir alors qu'il y a place d'Italie, qu'il y a Tolbiac ? )

le monstre sous terre

avale la vie

(c'est la solitude qui t'avale)

et le monstre dans ma main

est silencieux

quelle cruauté

ce silence

dans ma main

Métro
Il arrive que les choses ne soient que ce qu'elles sont. Une station de métro, un lieu de transition, un bocal, un cercueil. À la fin de l'histoire comme au début, la station de métro est une station de métro, le métro lui-même un objet mécanique politique, et les rats qui peuplent ses pieds, des rats.