M et moi n'allons pas bien
à deux bouts du pays
et je ne sais pas je n'ai plus les outils
faut-il donc que toutes nos relations soient damnées ?
faut-il donc que la douleur et la rage riment
avec toutes nos tentatives de faire mieux ?
nos mains maladroites ont glissé
ont cogné ont tout fait
à deux bouts du monde
en croyant réparer
faut-il donc que nous soyons si mauvais·es ?
C me dit
que les relations c'est difficile
se demande si l'on est voué·es à se blesser
toujours
M et moi
peut-être
étions voué·es à nous blesser
toujours
Je ne crois pas au destin
de la même manière que je ne crois pas en dieu
- pas comme une certitude dure et froide, hautaine et impudente ;
mais comme une habitude, comme un doute, comme un j'y pense souvent mais jamais je ne suis convaincu·e
comme
si cela fait du bien à d'autres leur donne de la force et de la sensation d'ensemble c'est bien
j'irai trouver la fatalité et le divin
dans les lignes d'une capture d'écran, ou les rides de ma grand-mère, ou la moisissure de mon lit
Alors dire
“M et moi étions voué·es” c'est étrange et c'est faux
J'ai essayé
J'ai sincèrement essayé
de toute mes forces je me suis débattu·e, accroché·e, j'ai tenté, en douceur et sans douceur, j'ai tout tenté tout voulu tout dit tout…
Trop
J'espère que M peut dire pareil
Je ne sais pas si M peut dire pareil
Je sais qu'il m'a blessé·e
Je sais que je l'ai blessé
Que c'est bon
Le temps d'un soir
D'avoir 20 ans
Et de boire des pintes coupées à l'eau
Avec d'autres idiot·es qui ont 20 ans
De se croire plus intelligent·es que tout le monde
Se raconter les catastrophes de stages
Les référent·es et les dossiers et l'avenir
De commenter la politique
Comme chez moi on commenterait le rugby les courses hippiques
Que c'est bon
Le temps d'un soir
De prétendre en trinquant
Que tout va bien
Et que la vie avance
Que nous, adultes que nous sommes
Nous avançons fièrement avec,
Bien à nos places
Que c'est bon
Le temps d'un soir
de rire trop fort
De dire des conneries
Et de mentir un peu
Par omission
De ne pas se dire le pire
Le temps d'un soir
De ne pas se dire grand chose
C'est une pause
Le temps d'un soir
La rue est bruyante
Et ce n'est pas si grave
Ce soir