Dans cette version de l'histoire,
M et moi allons bien et nous parlons souvent au téléphone
Dans cette version,
la ville ne m'a pas avalé·e et j'ai moins de raisons d'être en colère
Dans cette version,
j'ai le temps.
Le temps de voir la beauté des toits,
et de passer dans tous les musées,
d'admirer les oeuvres et d'apprendre des coups de pinceaux
Dans cette version j'ai peur parfois,
et ça ne me glace pas
Dans cette version,
je vois mes ami·es souvent,
on partage toujours des bières coupées à l'eau,
on se fait des tresses comme les enfants le font pendant la récré
on s'échange nos pulls et nos bons plans
et la seule poussière des apparts
est celle de l'absence
(qui a le temps de passer le balais quand il y a tant à voir juste là dehors)
Dans cette version,
le métro n'est pas un monstre rugissant qui engloutit énergie et espoir,
le métro est une pieuvre magique et vivante,
belle de tous ses embranchements
et la pieuvre n'emprisonne pas le quotidien de ses tentacules
elle l'épouse,
et le mariage est une fête
de ce que chaque jour, chaque arrêt peut créer de nouveau
Dans cette version,
Je sais déjà réagir de la bonne manière
et les drames sont légers
et doux
comme je suis léger
et doux
Dans cette version,
il n'y a ni drosophile ni zona ni paillettes de verre
Dans cette version,
je trouve mon appart directement
c'est une colocation
où il fait bon vivre
et je ne l'apprécie pas à sa juste valeur
car le lave linge essore mal
et le radiateur fait du bruit
et ce n'est pas grave
car je sors souvent
et la poussière
est celle de l'absence
qui dit
je suis dehors et je vis
je suis dehors et je vois mes ami·es
je suis dehors et tout va bien
Dans cette version je ne veux pas les étoiles
Dans cette version je veux la lutte, la communauté, la rage, la force,
dans cette version j'ai l'espoir