Ce que savent les montagnes, la neige, et les aurores boréales


Au début, des longues marches dans le froid

       - ça fait du bien au système nerveux, le froid, je crois


Au début c'était ça

Au début le silence car c'est le silence que tu connais que tu remplis que tu dégueules que…


Les montagnes m'ont accueilli·e

Elles ont enrobé mon silence de neige

Et de rafales

Elles ont empli le trou dans mon ventre

De gravier


Le volcan a porté mes pas mon dos mes os

Le volcan a enterré Paris


le ciel s'est ébroué
                sa lumière a dansé
                    vert bleu blanc rose 
                        sur le bleu profond de la nuit

Et sous mes ongles les poussières le verre les ailes

Ont laissé place à la terre la neige la glace


Les montagnes 
            Ont bercé mes silences 
            Jusqu'à que l'air stagnant dans mes poumons 
            Se doive d'être vomi en dehors

ça sort des tripes ça envahit la gorge

ça déchire la nuit ça part avec les tempêtes

avec le vent qui déracine te plie en deux te pousse sur la glace

avec les pieds qui décollent du sol le dos dans la poudreuse

les cheveux trempés

et les muscles engourdis de froid

       - ça fait du bien au système nerveux, le froid. ça te rappelle que tu as un corps, et que tu es là


Les rafales ont porté mes hurlements

Et les ciel dansants les ont accompagné

De muscle en muscle

Les dents serrées les phalanges blanches

Et la neige sous les ongles


ce n'est pas triste les hurlements

c'est un bout de chaleur dans le ventre qui dit

je veux j'ai faim j'ai froid j'ai peur

je veux

je veux ici

pas les étoiles, pas Paris, ici


Tu vois je cris beaucoup ici

les montagnes le volcan le vent le savent

Iels portent ma voix et l'emmènent plus loin

peut-être te l'emmènent

et Iels savent peut-être

ce que les cris disent

les cris disent je veux

les cris disent j'existe

Ailleurs

On imagine volontier du blanc à perte de vue, mais c'est la couleur d'abord. Rien à voir avec le gris parisien. Il y a le blanc de la neige, bien sûr. Le vert profond des champs de mousse, et la terre qui s'y mélange. Les couleurs chatoyantes des rues, le noir terne des pierres volcaniques, le rouge des toits, le ciel, le bleu de sa nuit, les trainées de lumières qui y dansent.

C'est la couleur d'abord, qui accueille.

Et après, c'est tout le reste.